Zusammenfassung
Der Schweizer Presserat weist die Beschwerde der Walliser Grünliberalen gegen die Sendung «Forum» des RTS ab. Da die Partei nicht zur Debatte über die Kantonsratswahlen eingeladen worden war, war sie der Ansicht, dass die politische Realität verzerrt dargestellt worden sei, und machte geltend, diskriminiert worden zu sein. Die Vorwürfe werden als unbegründet erachtet. Die Walliser Grünliberalen hatten während des Wahlkampfs bei einer anderen Gelegenheit die Möglichkeit, sich zu äussern. Die Entscheidung, die Debatte mit den im Parlament vertretenen politischen Kräften zu führen – eine Entscheidung, die im Ermessensspielraum der Medien liegt –, entspricht einem objektiven Kriterium, das nichts mit einer auf negativen Vorurteilen beruhenden Diskriminierung zu tun hat.
Résumé
Le Conseil suisse de la presse rejette la plainte du parti Vert’libéral valaisan dirigée contre l’émission Forum de la RTS. N’ayant pas été invité au débat consacré aux élections cantonales, ledit parti estimait que la réalité politique avait été faussée et soutenait avoir fait l’objet d’une discrimination. Les griefs sont jugés infondés. Les Vert’libéraux valaisans ont pu s’exprimer à une autre occasion durant la campagne et le choix consistant à faire le débat avec les forces politiques représentées au parlement, choix qui relève de la marge d’appréciation conférée aux médias, répond à un critère objectif qui n’a rien à voir avec une discrimination basée sur des préjugés négatifs.
Riassunto
Il Consiglio svizzero della stampa respinge il reclamo del Partito verde liberale vallesano contro l’emissione «Forum» della RTS. Non essendo stato invitato al dibattito dedicato alle elezioni cantonali, il partito riteneva che la realtà politica fosse stata falsata e sosteneva di aver subito una discriminazione. Le contestazioni sono state giudicate infondate. Durante la campagna elettorale, il Partido verde liberale vallesano ha avuto la possibilità di esprimersi in un’altra occasione. La scelta di limitare il dibattito alle forze politiche rappresentate in parlamento rientra nel margine di apprezzamento riconosciuto ai media e risponde a un criterio oggettivo che non ha nulla a che vedere con una discriminazione fondata su pregiudizi negativi.
I. En fait
A. Le 20 février 2025, l’émission Forum de la Radio Télévision Suisse (RTS) organise un débat en direct depuis Sion, consacré aux élections cantonales valaisannes du 2 mars suivant. Cinq présidents de partis, tous représentés au Grand Conseil, sont invités à y participer.
B. Le 22 mars 2025, le parti Vert’libéral valaisan saisit le Conseil suisse de la presse d’une plainte contre la RTS. Sous la plume de ses co-présidents, Philippe Jansen et Roger Ambart, celui-ci reproche à l’émission de ne pas avoir invité un représentant de sa formation à ce débat.
Dans sa plainte, ledit parti produit un courriel où il demande des explications à la direction de la chaîne. Dans ce message, le parti Vert’libéral regrette «cette injustice», estime que la sixième force politique du canton aurait dû se trouver autour de la table, demande une explication, tout en louant le travail des équipes de la RTS ainsi qu’une bonne couverture ayant intégré ce parti. Le message est resté sans réponse officielle, précise la plainte.
1. Le plaignant reproche une violation du chiffre 1 (recherche de la vérité) de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste» (ci-après «Déclaration») pour avoir été exclu volontairement du débat, faussant ainsi la réalité politique et donnant une image incomplète des opinions.
2. Le parti Vert’libéral reproche également une violation du chiffre 8 (discrimination) de la «Déclaration» soutenant avoir fait l’objet d’une discrimination fondée sur ses opinions.
C. La RTS prend position, le 22 août 2025, par le biais de son service juridique, conteste l’intégralité des griefs et demande que la plainte soit rejetée.
1. Elle précise avoir donné une visibilité au parti Vert’libéral valaisan durant la campagne, et cela à plusieurs occasions, dont une page spéciale du Téléjournal, prenant ainsi en compte les données disponibles et accessibles qui participent à la recherche de la vérité. S’agissant du débat en lui-même, la RTS défend un choix éditorial appliqué de longue date consistant à inviter les présidents de partis représentés au Grand Conseil. Ce choix ne donne pas une image incomplète, mais une image représentative des forces politiques qui pèsent le plus dans le canton.
2. La RTS conteste enfin toute discrimination fondée sur l’opinion politique et invoque là encore un choix éditorial basé sur l’assise électorale, afin d’éviter un débat potentiellement inaudible avec des représentants de trop faibles groupes ou des indépendants. Elle évoque un choix proportionné et effectué dans l’intérêt du public. Cette pratique s’applique aux élections de tous les autres cantons et au niveau fédéral.
D. La 2ème Chambre du Conseil suisse de la presse, composée d’Annik Dubied (présidente), Madeleine Baumann, Sébastien Julan, Fati Mansour, Denis Masmejan et Joëlle Fabre, a traité la plainte lors de sa séance du 5 février 2026 ainsi que par voie de correspondance. Anne-Frédérique Widmann s’est récusée.
II. Considérants
1. Le chiffre 1 de la «Déclaration» et sa directive 1.1 (recherche de la vérité) imposent aux journalistes de prendre en compte des données disponibles et accessibles, de respecter l’intégrité des documents, de vérifier l’information et, le cas échéant, de rectifier l’information erronée.
Dans sa plainte, le parti Vert’libéral valaisan estime que la RTS a violé ce devoir fondamental en les privant de ce débat, car «les médias ont pour mission d’informer l’opinion de manière neutre et équilibrée». Or, le Conseil a déjà eu maintes fois l’occasion de souligner que cette recherche de vérité n’implique pas une obligation de rendre compte «de manière équilibrée» ou encore «objectivement», ce type de postulat rigoureux pouvant conduire un journalisme stéréotypé prévoyant un même espace pour chaque point de vue (prise de position 10/2009 ou encore 3/1996). En revanche, le Conseil tient à une recherche crédible de la vérité, à une transparence distinguant des éléments factuels des éléments plus subjectifs et à une équité permettant à la personne (ou à l’entité) concernée de s’exprimer.
Dans le cas présent, on ne saurait déduire de l’absence du parti Vert’libéral valaisan au débat de Forum que la réalité politique a été biaisée. En effet, le parti en question a eu la parole à l’occasion d’un Téléjournal et félicite lui-même la RTS, dans son courrier, pour «la très bonne couverture» des élections valaisannes et la place qui lui a été donnée. Les données disponibles ayant ainsi été prises en compte, le chiffre 1 de la «Déclaration» n’est pas violé.
2. En réalité, les griefs du parti Vert’libéral se rapportent davantage au chiffre 2 (liberté d’information) de la «Déclaration» et sa directive 2.2 (pluralisme des points de vue) qui précise que le pluralisme des points de vue contribue à la défense de la liberté de l’information.
Un pluralisme requis lorsque le ou la journaliste travaille pour un média en situation de monopole ou de suprématie régionale, situation qui n’est au demeurant pas démontrée pour la RTS en Valais. Ces médias sont tenus de respecter l’équilibre jusqu’à un certain point, surtout sur des sujets controversés, mais pas nécessairement dans les mêmes proportions (prises de position 16/2001 ou 7/2006). Ce chiffre 2 de la «Déclaration» n’étant pas invoqué dans la plainte, le Conseil, conformément à sa pratique constante, n’entrera pas en matière sur une éventuelle violation sous l’angle du pluralisme des points de vue, violation qui à première vue ne semble pas réalisée.
3. Le parti Vert’libéral se plaint également d’une violation du chiffre 8 de la «Déclaration» (discrimination) sous l’angle d’une discrimination fondée notamment sur les opinions politiques. Son exclusion d’un débat serait «un cas clair où le critère d’opinion est utilisé pour invisibiliser un acteur du débat public».
La directive 8.2 (interdiction des discriminations), en détaillant l’interdiction des discriminations, fait avant tout référence aux dangers de la généralisation des jugements de valeur négatifs ainsi qu’à l’amplification des préjugés envers les minorités (prise de position 41/2025). Tant la généralisation que le jugement de valeur négatif doivent atteindre un certain niveau de gravité et la barre est fixée assez haut afin de ne pas tomber dans le «politiquement correct» (prises de position 22/2011 ou 36/2023). Les journalistes doivent faire une pesée d’intérêt entre la valeur de l’information et le danger d’une discrimination.
On peine dès lors à voir en quoi l’exclusion d’un débat serait assimilable à un cas de discrimination selon le chiffre 8 de la «Déclaration» et sa directive 8.2. En admettant qu’une privation d’antenne pourrait poser un problème sous cet angle en période électorale, il faudrait encore que celle-ci soit plus absolue. Or, comme déjà mentionné, le parti Vert’libéral a pu s’exprimer lors d’un Téléjournal. De plus, le choix éditorial de la RTS ne se fonde pas sur un critère d’opinion, mais sur celui de la représentation des forces politiques au parlement. Ce choix peut être discuté, mais il répond à des critères objectifs, relève de la marge d’appréciation conférée aux médias et ne représente assurément pas une discrimination fondée sur un préjugé négatif. Le chiffre 8 de la «Déclaration» n’est donc pas violé.
4. Le Conseil précise en outre que l’Autorité indépendante d’examen des plaintes en matière de radio télévision (AIEP) est l’autorité naturelle pour ce type de griefs ayant trait à l’égalité de traitement et de temps de parole.
III. Conclusions
1. La plainte est rejetée.
2. En organisant un débat sur les élections valaisannes sans inviter un représentant du parti Vert’libéral, non représenté au parlement cantonal, l’émission Forum de la RTS n’a pas violé les chiffres 1 (recherche de la vérité) et 8 (discrimination) de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste».