Zusammenfassung
Der Schweizer Presserat hat eine Beschwerde von Yves Flückiger, Rektor der Universität Genf, gegen «Le Courrier» abgewiesen. Flückiger kritisiert einen Artikel der Genfer Tageszeitung, welcher am 12. Dezember 2017 auf ihrer Website und am darauffolgenden Tag in der Printausgabe veröffentlicht wurde. Er ist der Meinung, dass der Artikel in mehreren Punkten gegen die «Erklärung der Pflichten und Rechte der Journalistinnen und Journalisten» verstösst. Der Artikel berichtete über eine an den Genfer Grossen Rat gerichtete Petition, welche die Ungültigkeit der Ernennung der Direktorin des Instituts für Umweltwissenschaften (ISE) der Universität Genf mit der Begründung forderte, sie sei bei der Ernennung ungerechtfertigt begünstigt worden. Der Petitionsausschuss des Grossen Rates beabsichtigte, den Fall weiterzuverfolgen. Er verfasste einen Bericht, in dem verschiedene Personen die Ernennung der Direktorin in Frage stellten. Der Artikel des «Courrier» gibt auch den Standpunkt von Yves Flückiger wieder, den dieser im Bericht äussert. Flückiger weist darin die Vorwürfe zurück und besteht auf der Rechtmässigkeit der Ernennung der Direktorin des ISE und bekräftigt deren Kompetenzen.
Yves Flückiger beanstandet hauptsächlich, der Autor des Artikels hätte die kritisierte Direktorin des ISE kontaktieren müssen. Der Presserat ist der Ansicht, dass es angemessen gewesen wäre, sie zu Wort kommen zu lassen. Aber indem der Journalist den Standpunkt des Rektors und damit der Institution, die sowohl die Ernennung als auch die Kompetenzen der Direktorin des ISE verteidigt, weitgehend wiedergibt, hat er nicht gegen die «Erklärung der Pflichten und Rechte des Journalisten» verstossen. Der Presserat hat die Beschwerde daher abgewiesen.
Résumé
Le Conseil suisse de la presse a rejeté une plainte d’Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, contre «Le Courrier». Le quotidien genevois se voit reprocher un article paru le 12 décembre 2017 sur son site internet puis le jour suivant dans l’édition papier, texte qui aurait violé la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste» en plusieurs points. L’article relate l’existence d’une pétition adressée au Grand Conseil genevois demandant l’invalidation de la nomination de la directrice de l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) de l’Université de Genève, au motif qu’elle aurait bénéficié de passe-droits. La commission des pétitions du Grand Conseil entend donner une suite à l’affaire. Elle a établi un rapport rendu public, dans lequel diverses personnes mettent en cause cette nomination. L’article tire aussi du rapport le point de vue d’Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, lequel réfute ces accusations, insistant sur la régularité de la nomination de la directrice de l’ISE et sur les compétences de cette dernière.
Le principal grief émis par Yves Flückiger est que l’auteur de l’article aurait dû contacter la directrice de l’ISE, mise en cause. Le Conseil suisse de la presse est pour sa part d’avis qu’il aurait été certes judicieux de lui donner la parole. Mais en répercutant largement le point de vue du recteur, donc de l’institution, qui défend tant la nomination que les compétences de la directrice de l’ISE, le journaliste n’a pas violé la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste». La plainte est donc rejetée.
Riassunto
Il Consiglio svizzero della stampa ha respinto un reclamo presentato dal rettore dell’Università di Ginevra, Yves Flückiger, contro «Le Courrier». Criticato era un articolo apparso sul sito Internet il 12 dicembre 2017 e il giorno seguente sull’edizione a stampa del quotidiano. L’accusa era di violazione di vari punti della «Dichiarazione dei doveri e dei diritti del giornalista». Il giornale riferiva di una petizione rivolta al Gran Consiglio ginevrino, chiedente la revoca della nomina della direttrice dell’Istituto di Scienze ambientali (ISE) dell’Università di Ginevra, che si accusava di aver beneficiato di favoritismi. Annunciata era l’intenzione di occuparsi del caso da parte della Commissione delle petizioni del Gran Consiglio, sulla base a un rapporto in cui la nomina era messa in causa da varie personalità. Nel rapporto si cita però anche l’opinione di Yves Flückiger, rettore dell’Università, il quale nega la consistenza delle accuse e sostiene la correttezza della nomina della direttrice dell’ISE, nonché la competenza della persona nominata.
Nel suo ricorso, Flückiger sosteneva in via principale che il giornale avrebbe dovuto cercare di contattare la direttrice in questione. Osservazione che il Consiglio della stampa considera ragionevole: ma l’avvenuta citazione, da parte del giornale, del punto di vista del rettore, ossia dell’istituzione, a sostegno della regolarità della nomina e delle competenze della persona scelta, può bastare. Il giornalista – conclude il Consiglio della stampa – non ha dunque violato la «Dichiarazione», il reclamo è respinto.
I. En fait
A. Le 12 décembre 2017, «Le Courrier» publie sur son site internet un article intitulé «La direction des Sciences de l’environnement attaquée» et signé par le journaliste Rachad Armanios. Le même article paraît le jour suivant dans l’édition papier du journal genevois, sous le titre «Nomination contestée à l’uni». Sur trois quarts de page, le texte évoque une pétition, munie de 144 signatures, demandant l’invalidation de la nomination de la directrice de l’Institut des sciences de l’environnement (ISE) de l’Université de Genève, au motif que cette dernière aurait bénéficié de passe-droits. Selon l’article, la commission des pétitions du Grand Conseil veut donner une suite à l’affaire. Elle a ainsi établi un rapport, rendu public, dans lequel on apprend qu’elle a auditionné cinq personnes, dont des enseignants-chercheurs. Ces personnes mettent en cause la directrice de l’ISE. Pêle-mêle, on reproche sa «promotion éclair, à l’encontre de toutes les procédures internes habituelles, grâce à un groupe de personnes ayant opéré un putsch», du clientélisme et on relève aussi qu’elle est maire d’une commune française, frontalière du Valais. L’article donne ensuite le point de vue du recteur de l’Université, lui aussi auditionné par la commission. Ce dernier réfute les accusations de passe-droits et de copinage, souligne les qualités du CV de la directrice, fait remarquer que sa fonction de maire n’est pas un obstacle à sa fonction. L’article se conclut par les avis de plusieurs députés anonymes, certains évoquant un règlement de compte au sein de l’université, d’autres estimant qu’il faut prendre cette affaire au sérieux.
B. Le 22 décembre 2017, Yves Flückiger, recteur de l’Université de Genève, dépose une plainte contre «Le Courrier» au Conseil suisse de la presse. Il estime que l’article publié les 12 et 13 décembre viole la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste» (ci-après «Déclaration») sur trois de ses points. Les chiffre 1 (recherche de la vérité) et 3 (audition lors de reproches graves) sont selon lui violés car l’auteur de l’article ne s’est pas adressé aux parties mises en cause, soit le rectorat de l’Université et surtout la directrice de l’Institut des sciences de l’environnement, ce qui est «particulièrement choquant». Le chiffre 7 de la «Déclaration», qui enjoint au journaliste de s’interdire les accusations anonymes ou gratuites, est selon lui aussi violé.
C. Le 13 janvier 2018, Gustavo Kuhn, corédacteur en chef du «Courrier», prend position. Il se dit étonné au plus haut point. Selon lui, l’article publié par «Le Courrier» «n’est pas une enquête journalistique, mais le compte rendu d’un débat politique au sein de la commission des pétitions du Grand Conseil genevois». L’article se base ainsi sur le rapport de ladite commission à propos d’une pétition intitulée: «Pour en finir avec les passe-droits», soit un document officiel, public et disponible sur le site internet de l’Etat de Genève. Il rapporte des «critiques contre le processus de nomination de la directrice de l’Institut des sciences de l’environnement», et aussi «la défense de son engagement faite par le recteur, auditionné par la commission». Gustavo Kuhn est ainsi d’avis que les reproches émis par le recteur sont infondés. Selon lui, l’article de Rachad Armanios ne viole aucun chiffre de la «Déclaration».
D. La présidence du Conseil suisse de la presse confie le traitement de la plainte à sa 2e Chambre, composée de Dominique von Burg (président), Sonia Arnal, Michel Bührer, Annik Dubied, Denis Masmejan, François Mauron et Mélanie Pitteloud. Dominique von Burg se récuse.
E. La 2e Chambre traite la plainte dans sa séance du 20 septembre 2018, ainsi que par voie de correspondance.
II. Considérants
1. Le point central de la plainte, pour le Conseil suisse de la presse, touche au chiffre 3 de la «Déclaration», sous l’aspect de la Directive 3.8 (audition lors de reproches graves). Le plaignant estime qu’il est violé, car le quotidien genevois n’a contacté ni le rectorat de l’Université ni la directrice de l’ISE, alors que, selon lui, les deux sont mis en cause. L’article répercute pourtant le point de vue du recteur, qui a été auditionné par la commission des pétitions du Grand Conseil. Ce dernier réfute les accusations et défend tant son institution que les compétences de la directrice de l’ISE. Cela apparaît clairement dans l’article. Le chiffre 3 de la «Déclaration» n’est donc pas violé. Toutefois, le cas a suscité quelques discussions, et le Conseil suisse de la presse estime qu’il aurait été judicieux de donner la parole à la directrice de l’ISE, à qui on reproche de pratiquer du «clientélisme».
2. Le plaignant estime en outre que le chiffre 1 de la «Déclaration» (recherche de la vérité) est aussi violé, parce que le journaliste n’a pas vérifié les faits. Ce reproche est infondé. L’article du «Courrier» relate l’existence de la pétition qui conteste la nomination et les compétences de la directrice de l’ISE, puis les auditions de témoins anonymes figurant dans un rapport officiel de l’Etat de Genève. Le point de vue de ces personnes, qui contestent la nomination de la directrice de l’Institut des sciences de l’environnement y figurent, tout comme celui du recteur Yves Flückiger, qui défend cette nomination. Enfin, l’article donne la parole à des députés, car l’affaire a une dimension politique. Il n’y a pour le Conseil suisse de la presse aucune atteinte à la recherche de la vérité. Le chiffre 1 de la «Déclaration» n’est donc pas violé.
3. Le plaignant estime enfin que le chiffre 7 de la «Déclaration» (s’interdire les accusations anonymes) est violé. L’article relaie certes des reproches contre la directrice de l’ISE tenus sous le couvert de l’anonymat. Mais ceux-ci émanent d’un rapport officiel de l’Etat. On ne peut donc pas reprocher à l’auteur de l’article de les évoquer. Le chiffre 7 de la «Déclaration» n’est donc pas violé.
III. Conclusions
1. La plainte est rejetée.
2. En publiant l’article intitulé «La direction des Sciences de l’environnement attaquée» du 12 décembre 2017«Le Courrier» n’a pas violé le chiffre 1 (recherche de la vérité), 3 (audition lors de reproches graves) et 7 (s’interdire les accusations anonymes) de la «Déclaration des devoirs et des droits du/de la journaliste».