{"id":19311,"date":"2025-02-26T08:00:00","date_gmt":"2025-02-26T07:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/presserat.ch\/?p=19311"},"modified":"2025-02-25T14:33:33","modified_gmt":"2025-02-25T13:33:33","slug":"newsletter_14","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/presserat.ch\/fr\/newsletter_14\/","title":{"rendered":"Audition lors de reproches graves: plus de cr\u00e9dibilit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c9dito de Susan Boos, pr\u00e9sidente du Conseil suisse de la presse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La priorit\u00e9 des m\u00e9dias devrait \u00eatre le journalisme \u00e9quitable. C\u2019est cet objectif supr\u00eame qui a conduit le Conseil suisse de la presse \u00e0 durcir sa directive 3.8 consacr\u00e9e aux auditions lors de reproches graves d\u00e9but mai 2023. Il est \u00e9vident que les journalistes devraient entendre \u00e0 chaque fois les personnes qu\u2019ils critiquent dans leurs contributions. Mais qu\u2019est-ce que cela signifie concr\u00e8tement? La premi\u00e8re plainte re\u00e7ue apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur des nouvelles r\u00e8gles est venue du conseiller national Andreas Glarner. Mais peu importe qui est l\u2019auteur d\u2019une plainte. Celle-ci aurait tr\u00e8s bien pu \u00eatre le fait d\u2019une plaignante XY vivant \u00e0 Bois-joli-sur-les-monts.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout a commenc\u00e9 par une journ\u00e9e en tous genres organis\u00e9e par une \u00e9cole zurichoise. Andreas Glarner avait envoy\u00e9 un tweet enrag\u00e9 \u00e0 ce sujet, dans lequel il reproduisait la lettre d\u2019invitation \u00e0 cette journ\u00e9e. Sur cette lettre figurait le num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone de la collaboratrice responsable. Andreas Glarner avait ajout\u00e9 le commentaire suivant: \u00abWer greift durch und entl\u00e4sst die Schulleitung?\u00bb (qui va intervenir et cong\u00e9dier la direction de l\u2019\u00e9cole?). Il s\u2019en est suivi un d\u00e9ferlement de propos haineux et de menaces, tant et si bien que la journ\u00e9e en tous genres a d\u00fb \u00eatre annul\u00e9e. Les m\u00e9dias se sont empar\u00e9s du sujet, notamment \u00abBlick\u00bb. Son premier article \u00e9tait intitul\u00e9 \u00abSVP-Glarner hetzt gegen Gendertag an Schule in St\u00e4fa ZH\u00bb (l\u2019UDC Glarner attise la haine \u00e0 propos de la journ\u00e9e en tous genres de l\u2019\u00e9cole de St\u00e4fa ZH). D\u2019autres articles ont suivi, laissant s\u2019exprimer les critiques des responsables de l\u2019\u00e9cole et de politiciens quant au comportement du conseiller national.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est arriv\u00e9e la plainte d\u2019Andreas Glarner, dans laquelle il d\u00e9criait les reproches graves de \u00abBlick\u00bb \u00e0 son encontre, sans que le journal lui ait laiss\u00e9 la possibilit\u00e9 de s\u2019exprimer, d\u2019o\u00f9 selon lui une violation de la directive 3.8.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les articles de \u00abBlick\u00bb avaient \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s un mois plus t\u00f4t, la plainte aurait tout simplement \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9e, car l\u2019ancienne directive \u00e9tait encore en vigueur. Selon la pratique d\u2019alors, un \u00abreproche grave\u00bb faisait \u00e9tat d\u2019un \u00abcomportement ill\u00e9gal ou du m\u00eame ordre\u00bb. Or aucun des articles ne reprochait un tel comportement au conseiller national, si bien qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019obligation de l\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>La nouvelle directive entr\u00e9e en vigueur d\u00e9but mai 2023 est plus claire et plus s\u00e9v\u00e8re: \u00abSi des reproches graves sont formul\u00e9s, les journalistes ont pour devoir, conform\u00e9ment au principe \u2039audiatur et altera pars\u203a, de donner aux personnes concern\u00e9es la possibilit\u00e9 de prendre position. Les reproches sont consid\u00e9r\u00e9s comme graves lorsqu\u2019ils font \u00e9tat de comportements gravement r\u00e9pr\u00e9hensibles ou sont susceptibles de nuire s\u00e9v\u00e8rement \u00e0 la r\u00e9putation de quelqu\u2019un\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais venons-en au r\u00e9sultat: le Conseil suisse de la presse a constat\u00e9 une violation, \u00abBlick\u00bb aurait d\u00fb permettre \u00e0 Andreas Glarner de s\u2019exprimer. Dans la prise de position qu\u2019il vient de publier, le Conseil suisse de la presse ne tranche pas la question d\u2019un \u00e9ventuel comportement gravement r\u00e9pr\u00e9hensible cach\u00e9 derri\u00e8re l\u2019usage du mot \u00abhetzen\u00bb (attiser la haine). Dans le contexte d\u00e9crit (appel \u00e0 cong\u00e9dier la direction de l\u2019\u00e9cole et \u00e0 intervenir, publication du num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone de la collaboratrice responsable), l\u2019emploi de ce terme par \u00abBlick\u00bb appara\u00eet cependant comme caract\u00e9ristique d\u2019un \u00abcomportement gravement r\u00e9pr\u00e9hensible\u00bb. Il aurait donc fallu entendre le plaignant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Conseil suisse de la presse mentionne cependant express\u00e9ment que les critiques ac\u00e9r\u00e9es d\u2019une r\u00e9daction ne sont pas \u00e0 bannir ou \u00e0 rendre plus neutres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les journalistes doivent savoir que l\u2019audition n\u2019a pas pour but de v\u00e9rifier le contenu des reproches, mais de donner \u00e0 la personne critiqu\u00e9e la possibilit\u00e9 d\u2019expliquer bri\u00e8vement pourquoi elle s\u2019est comport\u00e9e comme elle l\u2019a fait. Peu importe que les critiques soient justifi\u00e9es ou non. Le principe est simple: les contributions journalistiques sont toujours meilleures lorsque l\u2019on permet aux personnes vis\u00e9es de s\u2019exprimer sur les reproches exprim\u00e9s \u00e0 leur encontre. Les critiques n\u2019en perdent d\u2019ailleurs pas en cr\u00e9dibilit\u00e9, bien au contraire.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/presserat.ch\/fr\/complaints\/01_2025\/\">Prise de position 1\/2025<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9dito de Susan Boos, pr\u00e9sidente du Conseil suisse de la presse La priorit\u00e9 des m\u00e9dias devrait \u00eatre le journalisme \u00e9quitable. C\u2019est cet objectif supr\u00eame qui a conduit le Conseil suisse de la presse \u00e0 durcir sa directive 3.8 consacr\u00e9e aux auditions lors de reproches graves d\u00e9but mai 2023. 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